tout sur le cabaret corrosif... 5 minutes chez Bruant

 

5 min chez Bruant
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5 minutes chez Bruant ... Notes d'intention
cabaret corrosif mené par Nini Dogskin, Lorraine Bert et Thomas Giry

C'est un spectacle qui appelle une réflexion sur des conditions socio-historiques, sur le langage et sur la création de l'argot : le rapprochement avec notre époque ne saurait passer inaperçu. Sa relation avec le slam est évidente d'où notre souci de créer des arrangements musicaux contemporains sur ces textes et cette musique du XIX ème siècle et sensibiliser le public avec des opérations d'accompagnement tels une conférence et des ateliers dirigés plus particulièrement vers un public de jeunes.

Cabaretier, chansonnier, Aristide Bruant (1851-1925), à juste titre considéré comme le père de la chanson dite réaliste, peignit avec un réalisme et une tendresse mordantes, le peuple de la rue, des sans fortune et des bas-fonds, faisant de l'invective un art. Le cabaret, genre musical, dont il fut l'un des inventeurs, connut bientôt une véritable fortune dans l'Europe entière. Chanteur, chansonnier, poète et écrivain Bruant illustra l'argot du petit peuple et des truands en digne héritier de Villon.

Une des chansons les plus connues, A la Bastille , est très emblématique de son style musical, elle repose sur quelques mesures comme la plupart des mélodies de Bruant qui se ressemblent, rendant ainsi leur texte aisément mémorisable.

Nous avons recherché au cours du travail préliminaire, auprès de spécialistes, tels Jean Buzelin et Yves Matthieu, des textes et chansons fort peu connues dans des éditions et des enregistrement rares et les avons sélectionnées par rapport au thème que nous avons choisi d'évoquer dans l'oeuvre de Bruant : le petit peuple vu à travers les femmes qu'il décrit, ces créatures de la nuit et ses héroïnes de la misère.

Le travail strictement musical sur le Cabaret Bruant est particulièrement complexe, car si l'oeuvre de Bruant se subdivise en textes de chansons dont on connaît la musique par des enregistrements de l'époque et en petits formats dont certains n'ont jamais été enregistrés, monologues sur lesquels aucune musique n'a été composée, toute la difficulté consiste à trouver une interprétation de ces musiques du XIX ème siècle qui ne soit pas une tentative de reprise pure et simple. L'entreprise est d'autant plus délicate que le décalage dans le temps est énorme et qu'il ne s'agit pas de « coller » quelques accords sur un texte.

Le choix de ce grand écart musical correspond pour nous à la création d'un style d'environnement sonore résolument actuel faisant appel à la riche palette que nous offre la technologie moderne alliée une instrumentation plus traditionnelle. A cet égard, les musiques de Thomas Giry qui adressent maints clins d'oeil à des univers aussi variés que celui de Frank Zappa, revitalisent les mélodies de Bruant pour en faire un contemporain, un proche.

«- Dans mon approche de l'œuvre d'Aristide Bruant et de son «arrangement» musical, ce qui m'a semblé le plus intéressant et le plus important, c'était de conserver l'intégralité et la force des mots et du sens, mettre en avant le texte et "mettre de côté" l'harmonie, l'instrumentation et les structures de la musique européenne du début du siècle. La «Langue» de Bruant et la satyre sociale qu'elle développe est capable de traverser les époques et les styles et peut s'avérer d'une plus grande «actualité» encore si on l'incorpore à une musique débridée, expressionniste et moderne.

J'ai donc choisi de travailler à partir d'instruments bien particuliers, radicalement différents de ceux enregistrés à l'époque de Bruant et d'ouvrir la palette de leurs sonorités afin de développer un univers musical riche et singulier. En cela leur réalité est mise en adéquation avec l'oreille et la culture actuelle nourrit de plus d'un siècle de découvertes et d'expérimentations musicales les plus diverses. »
Thomas Giry

  Note du Metteur en scène
« …On ne niera pas le folklore de la Butte , on ne gommera pas le début de ce vingtième siècle qui vient s'encanailler du côté de Montmartre On convoquera Aristide. Le costume sera là, le chapeau bien en place, la silhouette honorée. Nous rendrons hommage. Mais on s'amusera avant toute chose à conjuguer essentiellement au féminin la langue de Bruant ici et maintenant. On jouera à créer la surprise, celle de faire entendre une langue qui s'invente au contact de l'argot, de la rue, du peuple et qui l'air de rien s'avère au fond être la grande sœur de cette langue qui aujourd'hui slame et rappe, généralement du côté de la banlieue ou des quartiers nord ou disons périphériques. On jouera de cet effet de surprise pour rendre Bruant plus présent et même si ces histoires en chanson le temps de ce récital à trois nous amèneront à arpenter les rues pavées, à longer les fortifs, à croiser en chemin ouvriers, putes, malfrats de l'ancien temps, à vivre bon nombre de chansons comme autant de feuilletons populaires, de faits divers qui datent, nous prendrons un malin plaisir à pousser quelques coups de gueule chers à Aristide qui, le croirez vous, soudainement rebondiront avec ironie comme par enchantement sur notre actualité et réalité… »
Hervé Haggaï